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mardi 9 octobre 2018

Hausse des gestes violents dans des résidences pour autistes et déficients intellectuels



Hausse des gestes violents dans des résidences pour autistes et déficients intellectuels

Publié le mercredi 19 septembre 2018 à 16 h 52
 Mis à jour le 20 septembre 2018 à 1 h 22


déficience mentale, CSST
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Le reportage de Davide Gentile.
Les incidents violents sont de plus en plus fréquents dans les résidences à assistance continue du Québec. Des syndicats et des groupes de défense des autistes s'inquiètent de la sécurité des employés et des résidents. 

Un texte de Davide Gentile  
Ces maisons de quartiers résidentiels abritent chacune 3 à 10 personnes considérées comme des cas lourds d'autisme ou de déficience intellectuelle(ndlr provenant souvent de Louis-H. Lafontaine ).
Tant les groupes de défense des autistes que les syndicats des travailleurs estiment que ces résidences ne correspondent tout simplement pas aux besoins d'une clientèle qui a changé en 20 ans.  L'affection de Marie-Josée Dutil pour son fils est manifeste. Âgé de 27 ans, il vit dans une résidence à assistance continue de Québec depuis 11 ans. La mère et son fils sont assis sur le divan. Marie-Josée Dutil en compagnie de son fils Maxence.

Mme Dutil est présidente du comité des usagers du Centre de réadaptation en déficience intellectuelle de Québec. Elle n'est pas satisfaite du milieu où évolue son fils. « Ça ne convient pas du tout à des personnes autistes », lance-t-elle sans détour. Son fils Maxence a subi une opération au coude après un événement survenu dans une résidence à assistance continue.  « Il y a trop de résidents, et ça génère de l'anxiété chez les autistes », affirme pour sa part Marie-Josée Lapointe, présidente d'Autisme Québec. Son fils Charles a lui aussi été blessé dans une résidence à assistance continue. Marie-Josée Lapointe. Marie-Josée Lapointe, présidente d'Autisme Québec
« C'est un autre usager qui était en crise. Charles était à la mauvaise place au mauvais moment. » Mme Lapointe cherche depuis à obtenir une autre place pour Charles, âgé de 22 ans. « Coups de poing, claques au visage, c'est au quotidien! »  Le nombre de crises et leur sévérité semblent augmenter, selon plusieurs personnes du milieu.  Par exemple, en février, un autiste a lourdement endommagé une résidence du nord de Montréal dans une crise qui aurait duré une trentaine de minutes.
Les images obtenues par Radio-Canada montrent que le sous-sol a été ravagé.  « Je n'ai jamais autant entendu parler de violence dans les RAC [résidences à assistance continue] », affirme Maxime Daignault, représentant syndical pour l'Alliance du personnel professionnel et technique de la santé et des services sociaux.     
Que ce soit des claques au visage, que ce soit se faire cracher dessus, se faire tirer les cheveux, ce sont des choses qui sont vécues au quotidien.    
Nancy Carrier, de l'Alliance du personnel professionnel et technique de la santé et des services sociaux  Nancy Carrier. Nancy Carrier, de l'Alliance du personnel professionnel et technique de la santé et des services sociaux

À part les représentants syndicaux, toutes nos sources ont préféré ne pas dévoiler leur identité. C'est le cas d'une employée qui travaille dans les résidences de l'est de Montréal. « J'ai été agressée cinq fois depuis 2015 », dit-elle.  Radio-Canada a pu consulter un document qui atteste de la véracité d'un des événements qu'elle a vécus. Trois femmes ont été prises à partie par un résident. « Il tenait deux femmes par la tête et les cognait ensemble. La troisième femme, qui a voulu intervenir, a été projetée sur le mur. » Celle qui témoigne a été en congé de maladie pendant plusieurs semaines.

Hausse importante des congés de maladie  De 2012 à 2016, les congés de maladie ont bondi de 49 % dans ces résidences. Les montants déboursés pour indemniser les travailleurs blessés ont aussi bondi de 49 %, selon l'Association sectorielle paritaire.  La Commission des normes, de l’équité, de la santé et de la sécurité du travail (CNESST) évalue maintenant que les résidences à assistance continue présentent un niveau de risque « extrême ». Pour la période allant de 2006 à 2016, 24 % des jours d'absence dans ce secteur découlent de violence et de voies de fait.  La CNESST a préféré ne pas accorder d'entrevue sur le sujet, mais a répondu à nos questions par courriel. Une quinzaine de visites par année étaient faites dans les résidences à assistance continue. « La CNESST travaille à structurer son intervention dans ce secteur. Ces chiffres seront appelés à évoluer », écrit-on. 

Le CIUSSS Centre-Sud de l'île de Montréal compte 26 de ces résidences, dont la résidence Pelletier, lourdement endommagée en février. L'établissement précise par courriel avoir mis sur pied en décembre 2017 un plan de santé et sécurité spécifique aux RAC. L'établissement constate toutefois une « augmentation du nombre de déclarations d'événements accidentels. » Mais le porte-parole, Jean-Nicolas Aubé, précise que le nombre de dossiers de santé et sécurité au travail a diminué de moitié. Des résidences en mauvais état  L'augmentation du nombre de gestes violents se répercute sur l'état des résidences. À plusieurs endroits, on peine à réparer les murs tellement les événements sont nombreux. 

C'est le cas de la résidence Jauniaux, à Saint-Jean-sur-Richelieu. De l'extérieur, on constate qu'une fenêtre est bouchée par du contreplaqué. Mais Radio-Canada a obtenu des images étonnantes de l'intérieur du bâtiment. Plusieurs murs sont presque entièrement recouverts de contreplaqué. Un mur en contreplaqué. D'importants dommages ont été causés à la résidence Jauniaux
Même le dessus de la toilette et la moitié des murs de la salle de bain sont recouverts de contreplaqué. Le réservoir de la toilette est recouvert de contreplaqué, ainsi que le mur derrière. Une toilette de la résidence Jauniaux.

  Les tables et les chaises sont vissées au sol, pour éviter qu'on les utilise comme projectiles. Les pieds de la table et des chaises sont vissés au sol. Les tables et les chaises sont vissées au sol à la résidence Jauniaux.  « La résidence Jauniaux s'est dégradée au fil des années. Mais ce n'est pas la seule », constate Ian Robert, qui représente les employés du service de réadaptation du Sud-Ouest, qui sont affiliés au SCFP.  En fin de journée mercredi, le CISSS de la Montérégie-Ouest a réagi au reportage de Radio-Canada.
 La chef du service des communications, Geneviève Boileau, a expliqué que certains usagers des RAC ont de graves problèmes de comportement et qu'ils peuvent causer rapidement des bris importants. « Le contre-plaqué est donc une solution temporaire, non-optimale. La solution visée, c'est notamment des panneaux en fibre de verre. »  Nous avons montré ces images à Marie-Josée Dutil, la mère de Maxence. Elle ne semblait pas du tout surprise : « Ce n'est vraiment pas normal. Mais ce sont des images que j'ai vues dans d'autres résidences ».

Marie-Josée Dutil, présidente du comité des usagers du Centre de réadaptation en déficience intellectuelle de Québec
Selon Mme Dutil, le problème est que les résidences ont été conçues pour des déficients intellectuels, alors qu'aujourd'hui, la majorité des résidents sont des autistes.    
 L'autiste n'a pas les mêmes besoins que la personne qui a une déficience intellectuelle. Ça lui prend un plus petit milieu, moins bruyant.   

 Marie-Josée Lapointe, présidente d'Autisme Québec 
Marie-Josée Dutil affirme que des employés et des parents de toutes les régions du Québec lui parlent du problème. « Les gens se taisent simplement parce qu'ils sont eux-mêmes en détresse, parce qu'ils ne trouvent pas de solution. »  Questionné à propos de l'utilisation de contre-plaqué pour faire des réparations, le cabinet de la ministre responsable Lucie Charlebois écrit : « Aucune orientation ministérielle ne va en ce sens.
 Nous questionnerons le CISSS de la Montérégie-Ouest à cet effet. » L'attachée de presse Bianca Boutin précise que « des investisements de 8.5 millions de dollars ont été annoncés afin de développer des milieux résidentiels adaptés ».

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