DEF CON 23: Attention, les robots-hackers vont débarquer
Ce genre de supercaculateur sera utilisé pour le Cyber Grand
Challenge. -
Ce genre de
supercaculateur sera utilisé pour le Cyber Grand Challenge.
La
Darpa organise un concours de hacking hors du commun dans lequel ne
s’opposeront que des supercalculateurs. L’agence américaine vient de
présenter les sept équipes finalistes qui s’affronteront dans exactement
un an.
Dans quelques années, les pirates auront peut-être la vie plus
dure, car ils auront de plus en plus en mal à trouver des
vulnérabilités dans les logiciels. Pourquoi? Parce que les systèmes
auront peut-être la capacité de trouver eux-même leurs failles et,
surtout, de les corriger. Comme le ferait n’importe quel « hacker
whitehat ». C’est en tous les cas ce que souhaite la Darpa, la célèbre
agence de recherche et développement de l’armée américaine. Et pour y
arriver, elle investit plusieurs millions de dollars dans un concours
baptisé « Cyber Grand Challenge » (CGC) qui vise à récompenser le
meilleur « robot-hacker ».
Plus d’une centaine d’équipes de chercheurs réparties dans le monde
entier se sont mises sur les rangs pour créer une telle machine, lorsque
le programme CGC a été lancé en juin 2014. A l’occasion de la
conférence DEF CON 23, qui vient de se dérouler à Las Vegas, la Darpa a
présenté les sept équipes finalistes de cet évènement hors du commun. On
notera au passage qu’elles sont toutes américaines. Dans exactement un
an, chacune reviendra à Las Vegas pour la prochaine DEF CON, installera
son supercalculateur et le lancera contre les machines des six autres
compétiteur dans le cadre d’un « Capture The Flag » (CTF), c’est-à-dire
un combat de hacking.
Les finalistes du Cyber Grand Challenge, à DEF CON.
- Les finalistes du Cyber Grand Challenge, à DEF CON.
Les CTF existent depuis longtemps et sont organisés à
l’occasion de chaque manifestation de hackers. Mais jamais un tel jeu
n’a été organisé avec des machines comme participants. Et pour cause:
hacker des programmes est une tâche extrêmement complexe. Il y a
quelques années, personne n’aurait seulement imaginé qu’une machine
pourrait la réaliser.
Mais Michael Walker, ancien hacker et
responsable du programme CGC au sein de la Darpa, y croit dur comme fer.
Lors de sa présentation à DEF CON 23, il n’hésite pas à faire
l’analogie avec d’autres jeux où, contre toute attente, les ordinateurs
sont passés maîtres: les échecs, le go, le poker, le jeopardy… Mais
comparé à une partie d’échecs, un CTF est beaucoup plus complexe.
L’espace de jeu n’est pas limité à 64 cases, il est quasiment infini.
Les joueurs sont confrontés à de multiples stratégies adverses, à des
situations inédites, à des logiciels qu’ils doivent décortiquer par
rétro-ingénierie alors qu’ils ne les ont jamais vus avant. C’est là que
réside la principale difficulté pour les chercheurs: il faut réussir à
saisir la logique de ce travail d’orfèvre et la synthétiser dans un
programme. Une quête un peu folle que la Darpa revendique haut et fort. « Notre
but est d’inventer une technologie du futur, une technologie qui soit
réellement capable de réagir à des nouvelles menaces informatiques en
temps réel », souligne Michael Walker.
Michael Walker
- Michael Walker
La tâche est énorme, mais ne semble d’ores-et-déjà pas
impossible. Pour se qualifier, les sept équipes de chercheurs ont toutes
dû présenter un prototype logiciel capable de détecter des failles dans
un certains nombre de binaires et de les corriger. A l’occasion de DEF
CON, Michael Walker a fait une démonstration : au travers d’un logiciel
de visualisation, il a montré le déroulement d’un programme bogué, puis
du même programme après avoir été automatiquement patché.
En violet, le processus bogué. En jaune, le
processus corrigé. On voit clairement le patch qui a été mis en place à
la fin du cheminement.
- En violet, le processus bogué. En jaune, le
processus corrigé. On voit clairement le patch qui a été mis en place à
la fin du cheminement.
Le Cyber Grand Challenge marque-t-il la fin des hackers et le
début d’une ère sans failles logicielles? Giovanni Vigna réfute cette
affirmation. Professeur d’informatique à l’université de Santa Barbara
et habitué des CTF de DEF CON, il dirige l’une des sept équipes
finalistes (Shellphish) du CGC « On ne pourra jamais créer un logiciel capable d’analyser n’importe quel logiciel. Cela découle du problème de l'arrêt,
qui a été mathématiquement prouvé. L’idée, avec le CGC, c’est de créer
des algorithmes capables de réaliser dans un certain contexte des
analyses de code statiques et dynamiques, de détecter les éventuelles
erreurs d’exécution, de les reproduire et de les patcher. C’est déjà un
bon début », explique-t-il.
Giovanni Vigna
- Giovanni Vigna
L’homme se montre satisfait et il a de quoi l'être. En se
qualifiant pour la phase finale, son équipe a empoché une première
récompense de 750.000 dollars. Dans un an, si leur robot-hacker gagne la
compétition, elle repartira avec 2 millions de dollars, ce qui lui
permettra de continuer les recherches dans ce domaine. Lire aussi:
Notre dossier Black Hat et DEF CON Las Vegas