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samedi 13 avril 2024

La multiplicité des boîtes fixes: le langage:

 

La multiplicité des boîtes fixes: le langage:



L'Univers est plus grand que la plus immense des piscines. Plus grand que tous les océans réunis. Pour survivre dans cet Univers infini et hostile dont les repères sont flous et les lignes séparant les éléments, absentes, nos sens doivent entrer en jeu. Ceux-ci recueillent des informations brutes qui doivent être interprétées par le cerveau.


Pour organiser les concepts, la cognition humaine fonctionne par catégorisation. Elle découpe le monde en boîtes définies sur lesquelles elle pose des étiquettes.


 Ces boîtes - ces catégories - n'existent pas réellement. 

Elles sont des balises d'orientation virtuelles. 

En augmentant sa capacité à détecter consciemment des stimuli dans l'environnement, le cerveau a également développé une capacité à catégoriser, gagnant en efficacité et en précision. En effet, le nombre de catégories est infini. Il est donc possible d'en créer continuellement, multipliant les balises d'orientation. Car, dans la psyché humaine, une information ne peut traîner comme un électron libre dans le néant. Elle doit absolument être classée. Le langage verbal permet donc la création d'appuis communs visant ultimement l'orientation et l'ajustement des actions en cours. Les mots sont des stimuli sonores qui ne sont, en quelque sorte, que des prétextes pour activer des réseaux neuronaux, soit des balises d'orientation virtuelles, dans un monde flou. Ils ne sont pas à l'extérieur de l'imagination humaine.


Les mots, les concepts, les catégories ou d'autres produits conceptuels générés par l'esprit peuvent être comparés à des dessins faits au marqueur sur la vitre d'une fenêtre. En regardant à travers la fenêtre, nous pouvons voir directement ce qui se trouve à l'extérieur, mais il est aussi possible de voir les dessins sur la vitre. Ceux-ci sont artificiels. Comme des bouées sur la mer qui guident la navigation, ils donnent des points de repère à travers notre regard.


Nous concevons facilement que ces dessins et ce qui se trouve dehors sont deux choses bien différentes: la réalité concrète composée de particules, d'énergie et de mouvement, et les dessins figés sur la vitre.

Les gens qui partagent une même culture et une même langue ont beaucoup de symboles dessinés de la même manière sur leur fenêtre. C'est le propre d'une langue et d'une culture de faciliter une orientation commune. Il est intéressant de constater que la plupart des mots peuvent se traduire d'une langue à l'autre, mais il arrive qu'une expression n'ait pas d'équivalent dans une autre langue. Il existe des «trous» de traduction. Cela peut s'expliquer par le fait que la conscience des individus partageant une même culture par rapport à une chose est plus développée et soutenue que chez les membres d'une autre culture. Cela est aussi cohérent avec le fait que toute forme de tâche ou d'expertise spécialisée nécessite une conscience et un langage plus développés pour servir cette spécialisation. Il y a donc un lien direct entre la conscience et la précision du langage.


Lorsque deux personnes de culture différente se rencontrent, il est facile pour elles de traduire le mot «rapide», mais déterminer ce à quoi il fait concrètement référence pour chacune est un autre défi.

La traduction est une chose, le sens en est une autre. Cela transparaît lorsqu'une collaboration est nécessaire. La collaboration implique donc des référents suffisants et communs pour organiser les actions. Mais les mots et les concepts resteront toujours des dessins sur la vitre des fenêtres, et même si deux personnes proviennent d'une même culture, partagent une même langue, des valeurs et un système d'éducation similaires, elles n'auront jamais exactement les mêmes dessins sur leurs fenêtres, car chaque humain est également unique.


Au fur et à mesure que la connaissance et la conscience humaines prennent de l'expansion, un nouveau phénomène apparaît. Le contenu théorique devient progressivement la finalité. Les mots gagnent une nouvelle fonction. On peut les organiser en connaissances, qui ne sont pas des marchandises matérielles, mais qui sont pourtant considérées comme des richesses. Il y a en effet une valeur inhérente à un discours, à des idées, à une forme de contenu qui est principalement conceptuelle. C'est le discours de plus en plus idéologique, théorique ou argumentaire. Cette tendance s'est maintenue et développée au fil des siècles. L'accumulation de l'information crée implicitement l'illusion qu'elle est devenue une substance à conserver.


Nous sommes donc passés de l'utilisation de concepts qui se référaient concrètement à des actions, à de la matière, à des intentions et à des buts, à des concepts dont la valeur réside en eux-mêmes. Les connaissances sont devenues des ressources et un standard indépendants de la réalité tangible. La quantité de connaissances théoriques détenues par une personne est un standard social octroyant un certain pouvoir hiérarchique.


Il y a cependant un paradoxe : les mots sont l'outil de la connaissance, donc de la richesse interne, mais ils sont aussi l'arme de choix pour anéantir la valeur de cette connaissance. Les mots et les idées peuvent démolir d'autres mots et d'autres idées. Cette idée que l'on chérit et que l'on considère comme notre possession n'est pas à l'abri de la destruction si un autre individu possède les arguments pour l'invalider.


Comme nous pouvions nous y attendre, les mêmes règles s'appliquent à l'argent, une autre ressource extérieure à l'humain, l'une des plus anxiogènes, car sa valeur est objectivée par la hiérarchie des chiffres


RÉF.: extrait du Je suis un Chercheur d'or, par Guillaume Dulude.