Vivons-nous dans une simulation ?
Je vois souvent revenir cette affirmation sur les réseaux et il est vrai que des personnalités et même des physiciens réputés considèrent sérieusement cette possibilité, que certains prétendent même pouvoir démontrer.
Ne serait-ce pas plutôt une dérive issue d’un problème d’interprétation de la physique qui peine à se défaire de son cadre matérialiste, alors que l’introduction de la conscience en physique pourrait conduire à une interprétation beaucoup plus saine et rationnelle de ce qu’est vraiment notre réalité ?
C’est ce que je pense et ce dont je débats ici.
Dans mon nouveau livre « De la connaissance à la joie » je donne quatre raisons de penser que notre réalité n’a pas besoin d’être réelle pour être vécue comme réelle :
- La physique quantique résout le problème de l’observateur en faisant de l’espace une construction collective réalisée par le bais de nos cerveaux.
- Les physiques relativiste et quantique détruisent l’espace en le rendant pixelisé, courbé, troué, non local et en vibration,
- La gravité quantique à boucles fait déchoir l’espace de sa nature fondamentale en le rendant émergent (comme le temps), et non plus fondamental.
- La cosmologie réduit l’espace au-delà de l’horizon des trous noirs à une construction holographique,
Ajoutons à cela toutes les raisons au niveau de l’information physique, trop techniques pour être développées ici, pour lesquelles notre réalité apparaît comme « numérique » ou « codée ».
Devant toutes ces évidences que notre espace n’est pas réel mais plutôt construit comme un hologramme ou un ensemble d’informations, notamment par notre observation du réel, la tentation est grande de relier cette construction à nos cerveaux et d’en déduire que nous vivrions dans une simulation, comme décrite par exemple dans le film Matrix.
L’inconvénient de cette thèse ainsi mise à l’écran est que, puisque nous construisons tous la même réalité, nos cerveaux devraient être reliés d’une manière ou d’une autre afin que cette construction reste cohérente, ce qui dans le film en question se traduit par des individus allongés sur une table de façon à brancher leur cerveau à un simulateur qui leur fait vivre cette réalité simulée.
On comprend le caractère indigeste de cette thèse, qui par ailleurs n’explique absolument rien, puisque se pose à nouveau le problème de la réalité dans laquelle se trouve le simulateur : pourquoi ne serait-elle pas simulée elle aussi ? A partir de combien d’itérations le simulateur du simulateur de simulateur…. du simulateur devient-il réel ?
Il convient donc de rejeter cette théorie de la simulation, mais alors comment faire pour interpréter le fait que notre réalité puisse être construite par le biais de nos cerveaux ?
Une première façon est de sortir de cette interprétation simpliste à la Matrix et de considérer que notre cerveau est lui-même simulé : il n’est pas plus réel que notre réalité et nous ne serions que des sortes d’avatars créés par un ordinateur évidemment surpuissant, qui simule tout notre univers observable.
Bien que cette interprétation soit soutenue par beaucoup de physiciens respectés qui l’argumentent de façon convaincante, comme Melvin Vopson par exemple qui affirme en avoir des preuves, elle ne résout pas mieux la question de la réalité dans laquelle se trouve le simulateur, et à quel étage de la simulation le réel apparait.
Je vous donne maintenant mon interprétation de cet apparent mystère, en allant plus loin que cette affirmation que je fais habituellement : « Il n’existe pas d’autre simulateur que notre conscience elle-même ».
J’évite en général de développer plus avant cette affirmation car le fait de rester dans le mental pour l’appréhender engendre un cercle vicieux, lié à notre indécrottable conditionnement à penser que tout ce qui est réel doit être matériel, qui peut laisser apparaître un piège conceptuel en me mettant ainsi dans l’embarras.
Je vais tenter de le faire malgré tout en faisant appel à une métaphore héritée de celle qui est habituellement utilisée pour différencier le cerveau de la conscience : notre corps ou notre avatar est un véhicule pour la conscience et le cerveau en est le tableau de bord. Cette métaphore est d’ailleurs utilisée par le philosophe Bernardo Kastrup pour expliquer sa théorie de la conscience qu’il nomme l’idéalisme analytique.
Imaginons plus simplement que nos cerveaux soient comme les fenêtres d’une maison qui nous permettent d’observer le réel tout en le filtrant, sachant que ces fenêtres peuvent être via nos sens physiques très déformantes, bien plus que nos fenêtres habituelles.
Il n’est alors plus nécessaire que ces fenêtres soient reliées par des câbles ou via un ordinateur qui simule l’extérieur de la maison. Il suffit de considérer qu’il n’existe qu’une seule conscience qui observe l’extérieur par différentes fenêtres avec comme conséquence de le figer pour tout le monde, puisque nous serions tous Un. Nous ne diffèrerions les uns des autres que par le fait que nos corps-cerveaux correspondraient à différentes fenêtres situées en différents lieux de la maison. Et la conscience ferait ainsi une interprétation unique du réel puisqu’elle serait Une.
Notre embarquement dans le réel ne serait donc plus une simulation mais le fait que nous serions tous Un habitant de la même maison. Or c’est là que l’objection embarrassante apparait, puisque cette maison elle-même pourrait être considérée comme une simulation.
Il ne s’agit en réalité que d’une métaphore, d’autant plus simpliste que nous ne sommes pas exactement tous Un mais plutôt tous reliés par une même conscience Une, qui se situerait au sommet de la conscience (que beaucoup appellent Dieu). Il faudrait donc développer ce concept plus avant, en commençant par expliquer pourquoi cette maison n’est pas matérielle mais qu’il s’agit seulement d’un concept permettant d’éviter l’itération sans fin liée au simulateur du simulateur du simulateur etc.
La solution la plus logique est de considérer la matérialité elle-même comme un produit de la conscience, et non pas l’inverse : la conscience fige le réel contenant toutes les potentialités en le transformant ainsi en réalité unique sous l’apparence de la matière.
La grande différence entre matière et conscience apparaît alors comme dérivant de la question de savoir ce qui est premier dans cette affaire. Serait-ce la matière ? Serait-ce la conscience ?
Non seulement la réponse est déjà évidente pour ceux qui veulent bien appréhender la logique du fait que rien ne peut exister sans conscience collective, mais elle devient encore plus évidente en tant que seule issue pour résoudre le problème itératif sans fin de la simulation.
Pour ceux qui auraient du mal à discerner ce dernier point, je précise que nous ne devrions même pas parler de technologies en supposant qu’il s’agit de technologies de matière, mais plutôt en parler comme s’agissant de technologies de conscience. Après tout, les technologies ne dérivent-elles pas de la pensée ? Cela implique toutefois de faire le saut conceptuel qui consiste à relier l’intelligence à la conscience, et non plus à un cerveau matériel, et c’est une autre histoire…
En tout cas, c’est déjà une excellente nouvelle que de prendre conscience du fait qu’en dehors de l’espace-temps, dans cette après vie terrestre ou cet univers de conscience que nous avons peine à imaginer, non seulement la technologie pourrait continuer d’exister, mais qu’elle pourrait même y trouver sa pleine puissance, bien au-delà de tout ce que nous sommes capables de concevoir.
Ref.: Philippe Guillemant